Municipalité de Saint-Michel-de-Bellechasse



Passe le temps, je demeure.


 

Historique
L'histoire de Saint-Michel commence en 1672 par la concession d'une seigneurie à Olivier Morel de La Durantaye, noble de Bretagne, arrivé en Nouvelle-France avec les 4 compagnies d'infanteries d'Alexandre Tracy qui se joindront aux 20 compagnies du régiment Carignan-Salières pour sécuriser le territoire.  Officier de l'armée française, il fera donc plusieurs incursions en territoire iroquois même après le retour du Régiment Carigan-Salières en France.  À partir de 1669 il fera partie de la garnison de Québec dans les Compagnies franches de la Marine. Il sera commandant du fort Michillimakinak au centre du réseau commercial de la fourrure situé aux Grands Lacs. Il sera aussi homme d'affaires, fera le commerce des fourrures, du poisson et du bois de mâture, sera membre du Conseil souverain et bien sûr seigneur de Saint-Michel.  C'est Jean Talon, intendant du roi français Louis XIV, qui lui concède la seigneurie.

En 1678, la seigneurie de La Durantaye forme avec d'autres seigneuries échelonnées le long de la rive sud du fleuve Saint-Laurent entre Rivière-du-Chesne (Lotbinière) et Rivière-du-Loup, une grande paroisse commune érigée par Monseigneur de Laval, premier évêque de Québec.  Le nombre de personnes occupant le territoire n'est pas suffisant pour que chaque seigneurie forme une paroisse. Cette grande paroisse, érigée canoniquement, est une cure fixe sans titulaire c'est-à-dire sous la protection d'aucun saint patron. Elle sera confiée à deux prêtres desservants (l'abbé Morel et l'abbé Thury) qui habitent le Séminaire de Québec et qui parcourent la côte du sud du fleuve à la manière des missionnaires occupant la maison d'un cultivateur au besoin pour dispenser les services religieux. Un premier registre sera ouvert à la chapelle Saint-Joseph-de-Pointe -Lévy et un deuxième en 1681 à l'Islet qui énumère les 17 seigneuries de la Côte du Sud qui font parti de cette grande paroisse. La seigneurie La Durantaye est du nombre. Ne connaissant aucun nom officiel `cette paroisse, puisqu'érigée sans titulaire, nous l'appellerons  paroisse sans nom des seigneuries de la côte du sud. Au moment de son érection, son territoire a une chapelle, celle de Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévi construite par Guillaume Couture en 1675, mais aucun presbytère. Les curés desservant sont voyageurs. Ils pensionnent chez l'habitant au besoin mais ils n'ont pas de domicile fixe dans la paroisse. Ils dépendent du Séminaire de Québec qui sert de grand presbytère à ces curés itinérants que deviennent les missionnaires.


L'installation des premiers colons

Ce n'est qu'en 1692 que Monseigneur de Saint-Vallier séparera le clergé du Séminaire. Progressivement les curés cesseront d'être itinérants et résideront en permanence à l'intérieur des frontières de leur paroisse avec un budget qu'ils pourront gérer à l'aide des marguilliers. La dîme cessera d'être gérée par le Séminaire. En 1693, le territoire de la seigneurie La Durantaye est suffisamment peuplé pour former une paroisse. Les paroissiens qui occupent le territoire se détache donc de la paroisse des seigneuries de la côte du sud et se donnent une paroisse autonome avec la mise en place à Beaumont d'un registre spécifique à la seigneurie par le Père Récollet Guillaume Beaudoin, missionnaire.  D'abord appelée Saint-Laurent, en mémoire du Père Laurent, Grand Missionnaire en Canada qui avait autorité sur les Récollets, responsable des missions dans la région de Québec, elle prend le nom de Saint-Michel en 1698 au moment où Saint-Paul de l'île d'Orléans change de titulaire pour adopter saint-Laurent comme saint patron.  Pour éviter toute confusion présente et à venir avec d'autres paroisses qui porteraient le même nom on l'appellera Saint-Michel-de-La-Durantaye compte tenu que le territoire de la paroisse est le même que celui de la seigneurie. Désigné curé de la paroisse en 1700, l'abbé Joseph-Martin Turpin s'installe dans la maison de Jacques Corriveau et convertit en chapelle-presbytère une annexe devant servir de laiterie. Il y dit la messe et administre les sacrements. En 1702 une première chapelle, dédiée à Saint-Anne, est bâtie sur cette même terre de Jacques Corriveau située à l'est de l'école "La Ruche"de Saint-Vallier, entre la rue Principale et le fleuve.  Jacques  Corriveau deviendra paroissien de Saint-Philippe et Saint-Jacques en 1713-1714 et censitaire de Saint-Vallier en 1720.

À partir de  1720, année de la création de la seigneurie Saint-Vallier correspondant au territoire de cette partie de seigneurie de La Durantaye léguée par Olivier Morel à son fils aîné Louis-Joseph, ( 6,6 kilomètres de front au fleuve sur 15 kilomètres de profond) l'autre partie de la seigneurie sera nommée Saint-Michel.  Par la suite, certains secteurs de la seigneurie Saint-Michel seront nommés Livaudière ou Saint-Gervais selon que la seigneurie s'agrandira pour intégrer de nouveaux  territoires.  Plusieurs auteurs vont considéré à tort ces agrandissements comme de nouvelles seigneuries indépendantes et séparées les unes des autres. Cette méprise que nous reconnaissons maintenant vient d'une confusion que certains seigneurs ont eux-mêmes créé pour obtenir de nouveaux territoires des autorités. Agrandie quatre fois en 1693, 1696, 1744 et 1752, la seigneurie La Durantaye qui prend le nom de Saint-Michel en 1720 couvrira un territoire immense.  Au fil des ans, plusieurs parties s'en détacheront pour former d'autres paroisses et seigneuries.  C'est le cas de la partie sud de Beaumont seigneurie et paroisse (1713), de Saint-Philippe et Saint-Jacques paroisse (1714), de Saint-Vallier seigneurie (1720), de Saint-Charles paroisse (1749), de Saint-Gervais paroisse (1780), de Saint-Lazare paroisse (1832), de Saint-Raphaël paroisse (1854), de Saint-Damien paroisse (1882), de Saint-Nérée paroisse (1886) et de Saint-Gabriel-de-la-Durantaye paroisse (1910). 

 


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Même si le territoire de sa paroisse a été amputé du territoire de 8 paroisses, Saint-Michel ne perd pas son importance pour autant car le territoire de sa seigneurie Saint-Michel reste très grand. Elle couvre le territoire actuel des municipalités Saint-Michel, La Durantaye, Saint-Raphaël, Saint-Charles en partie, Saint-Gervais, Saint-Lazare en grande partie, Saint-Nérée, et Saint-Damien dans sa partie nord. De plus, en 1754 le gouverneur Duquesne et l'intendant Bigot autorisent  Marie-Françoise Pécaudy de Contrecoeur, la veuve du seigneur Péan, et son fils Michel-Jean-Hugues à établir un bourg à Saint-Michel.  Les limites du bourg seront alors fixées mais il ne prendra forme qu'au début du 19ième siècle, quarante ans après la Conquête.  C'est là, sous le régime anglais, que les gens de métier (artisans) et les commerçants s'y installeront pour améliorer la qualité de vie des cultivateurs qu'on nommait censitaires à l'époque.  Quand l'armée anglaise envahira Saint-Michel en 1759 elle trouvera une église (1736) et un presbytère (1739) mais pas de bourg, c'est-à-dire pas d'agglomération dans la «cuvette», endroit désigné bourg en 1754.  C'est donc dire que sous le régime français les paroissiens de Saint-Michel et d'ailleurs vivent sur leurs terres en bordure des rangs.  Ils ont des lieux de culte (chapelle, église et presbytère) mais pas de bourg.  Les seuls bourgs qui existent en Canada à l'arrivée des Anglais en 1756 sont Québec (7,200 habitants baptisés), Montréal (5,000 habitants baptisés) et Trois-Rivières (700 habitants baptisés). Le reste de la population, soit 47,000 habitants baptisés, vit le long des rangs dans la vallée du fleuve Saint-Laurent à l'intérieur de leurs seigneuries et paroisses respectives comme colon ou dans la forêt, comme coureur de bois, à l'indienne, à l'intérieur de bourgade ou de villages indiens. Il y a bien eu une tentative de village en étoile à Charlesbourg sur la rive nord du fleuve mais ce modèle de développement n'a pas été repris par la suite.


Maison Théberge, témoin de la naissance de la paroisse nouvelle en 1712-1713

Grâce aux recensements des maisons faits par Joseph Bouchette et d'autres, on peut suivre la progression de la population à l'intérieur du bourg de Saint-Michel.  En 1781 il n'y a qu'une maison. En 1815, 12 maisons. En 1830, 30 maisons. En 1851, 104 et à la fin du XIX ième siècle, 170.


Maison de  Michel Germain, fils de mercenaire allemand.
Témoin de la naissance du village

Beaucoup plus que la seigneurie, le village, le rang, le canton ou le comté, c'est la paroisse qui sera le principal pôle identitaire des Québécois, en Bellechasse comme ailleurs.  Aujourd'hui la municipalité a remplacé la paroisse dont elle couvre le territoire et c'est à elle qu'on s'identifie progressivement.  Cette municipalité  forme même avec d'autres une MRC (Municipalité Régionale de Comté) qui, à son tour, est considérée comme un territoire d'appartenance puisqu'elle regroupe les municipalités par affinité. 

Olivier Morel de La Durantaye meurt en 1716.  La seigneurie passe aux mains de ses enfants. L'aîné, Louis Joseph Morel hérite de la partie est de la seigneurie comprenant le Domaine, de part et d'autre de l'embouchure de la Rivière Boyer, la ferme et ses bâtiments, la maison de ferme tenant lieu de manoir et le moulin à vent. La frontière ouest du Domaine devient donc la frontière ouest de cette partie de seigneurie et l'anse de Bellechasse devient la frontière est. En 1720 Louis Joseph vend cette partie de la seigneurie de La Durantaye sur une profondeur de trois lieues ( environ 15,5 kilomètres) à Monseigneur de Saint-Vallier au profit des Soeurs Hospitalières de l'Hôpital Général de Québec. Les Soeurs deviennent donc seigneur de cette nouvelle seigneurie qu'ils appellent Saint-Vallier. Elles continueront d'exploiter la ferme domaniale à l'ouest de l'embouchure de la rivière Boyer dans la paroisse de Saint-Michel. En 1767 elles vendent la seigneurie à Tarrieu de Lanaudière, fils de Madeleine de Verchères, dont les enfants feront construire le manoir de Lanaudière encore présent aujourd'hui à la limite est de Saint-Vallier comme résidence secondaire de Monsieur Amos, résidant de la ville de Westmount. 

Après avoir acheté aux enchères l'autre partie de la seigneurie de La Durantaye en 1736, Jacques-Hugues Péan de Livaudière agrandit la seigneurie d'une demie lieue au nord-ouest, collée à la seigneurie de Vincennes, et d'une autre demie lieue au sud-ouest. Cette lieue s'ajoute donc aux deux lieues qu'il possédait déjà à cet endroit et formera un secteur que le seigneur Péan nommera Livaudière. En 1752, le fils Péan agrandit à nouveau la seigneurie Saint-Michel de trois lieues de profond au sud jusqu'à Saint-Damien, aux frontières de ce qui deviendra le canton de Buckland, entre la ligne seigneuriale de Saint-Vallier et celle de la seigneurie La Martinière. 

Les seigneurs Péans, père et fils n'habiteront jamais leur seigneurie. Ils feront construire des moulins mais pas de manoir.

En 1763, par le traité de Paris, Louis XV abandonne le Canada à l'Angleterre pour conserver ses possessions antillaises et son droit de pêche sur les grands bancs de Terre-Neuve. 

En 1765 la seigneurie est vendue à Joseph Brassard Deschenaux qui devient le quatrième seigneur de Saint-Michel.  Avant de porter le nom de Saint-Joseph, la rue du bord de l'eau, dans le village de Saint-Michel, s'appelait Deschenaux en 1929. C'est lui qui fera des pressions auprès de l'évêque pour qu'une église et une paroisse soit créer à Saint-Gervais pour favoriser la colonisation dans ce secteur de la seigneurie.

En 1793 Joseph Brassard Deschenaux lègue la seigneurie à ses quatre enfants: Charles-Joseph, prêtre, fils aîné, Pierre-Louis, avocat, notaire et juge, son fils puisné, Madeleine, épouse de Guillaume DeLorimier et Josephte, épouse de Michel Gamelin Launière.   

En 1828 Léger Launière, fils de Josephte Brassard Deschenaux et de Michel Gamelin Launière, hérite de l'ensemble de la seigneurie par testament fait par son oncle Charles Joseph qui en possédait les cinq sizièmes alors que lui-même n'en possédait qu'un.

En 1832, Léger Launière, devenu l'unique seigneur de Saint-Michel, s'installe au village.  Contrairement à ses prédécesseurs Péan père, Péan fils et Brassard Descheneaux qui n'habitèrent pas leur seigneurie, le nouveau seigneur décide de s'y installer respectant ainsi l'esprit de la loi seigneuriale qui obligeait les seigneurs à tenir ou faire tenir feu et lieu. Comme l'ancien manoir était passé dans la seigneurie de Saint-Vallier en 1720 on construira un autre manoir, cette fois dans le village, là où est située la maison de la famille Vézina, à côté de la croix de fer du 300ième.  Le manoir de la seigneurie de Saint-Michel sera habité ensuite par Prudent Morin et vendu à Arthur Roy qui le démolira en 1921.  Il en utilisera le bois pour construire sa résidence, laquelle passera aux mains de la famille Vézina.  Le seigneur Léger Launière sera maire de Saint-Michel de 1860 à 1863 et à sa mort en 1865 il sera inhumé sous son banc d'église. 

Saint-Michel s'enrichit d'une population venue d'ailleurs : d'abord, entre 1745 et 1747, à l'Anse Mercier, des autochtones, les Mimacs du Cap Breton et les Abénaquis ou Malécites de l'Île Saint-Jean (Île du Prince Édouard), puis en 1756-1757, des Acadiens qui ont fui à travers bois la déportation des leurs au moment du "Grand Dérangement" en 1755.  Plusieurs s'installent sur le territoire actuel de Saint-Gervais (Saint-Michel, seigneurie et paroisse, à l'époque) et développent les rangs 1 et 2 appelés première et deuxième Cadie.  La maladie et la pauvreté seront pour une grande part responsables de leur disparition graduelle.  Notons que la paroisse de Saint-Gervais, depuis sa création, est toute entière contenue dans la seigneurie de Saint-Michel depuis l'acte d'augmentation de 1696 et celui de 1744.


Bibliothèque Benoît Lacroix.. Ancienne Cour de justice du chef-lieu de comté.

Entre 1845 et 1855, malgré la résistance des seigneurs qui y voient une menace à leur pouvoir, on fait des tentatives pour implanter des municipalités à l'intérieur du District de Comté. C'est à ce moment que Saint-Michel devient une municipalité de Comté et que le bourg de Saint-Michel devient village par incorporation (1845).  On abolit la tenure seigneuriale en 1854 pour laisser place aux municipalités.

En 1859, Saint-Michel est choisi pour être le chef-lieu du comté de Bellechasse, ce qui mène à la construction d'une cour de justice (bibliothèque actuelle) et à l'établissement de notables dans le village :  juges, avocats, huissiers, registraires qui s'ajoutent au médecin et notaire déjà présents. C'est également au 19ième siècle que seront construits le collège (1853), le quai (1858), le lieu de pèlerinage Notre-Dame-de-Lourdes (1879) en remplacement de la chapelle Saint-Joachim située alors au coin sud-ouest de la Rue Principale et de l'Avenue de la Grève, et le couvent (1890)  qui remplacera à son tour celui de 1861, maison du docteur, transformée en école qui avait été déménagée là en 1865.  Comme pour le bourg qui devient village en 1845 la paroisse devient municipalité de paroisse à l'intérieur d'un Conseil de Comté en 1855, à la suite de l'abolition du régime seigneurial en 1854. 

En 1992, Saint-Michel-de-la-Durantaye s'appellera Saint-Michel-de-Bellechasse.  Si La Durantaye faisait référence à la seigneurie, Bellechasse fait référence au comté, d'abord créé sous le vocable Hertford en 1791 et rebaptisé Bellechasse en 1829 en souvenir de sa plus ancienne seigneurie, celle de Bellechasse (Berthier).  Le comté continuera de s'appeler Bellechasse mais il perdra Berthier-Bellechasse en 1854 au profit du comté de Montmagny. Aujourd'hui Bellechasse fait de plus en plus référence à la MRC qui tire son nom du Comté. Ce Comté compte maintenant une partie de la MRC des Etchemins et la MRC de Bellechasse. La MRC de Bellechase regroupe des municipalités de trois anciens Conseils de Comté : Bellechasse, Dorchester et Lévis.

Dans la deuxième moitié du 19ième siècle, sur le site actuel du casse-croûte L'Extra au chemin des campings, on construit une chapelle selon les plans de Charles Baillairgé. On y célèbrera des messes pour les estivants. Autour des années 1950, le curé de Saint-Michel, nommé à la paroisse de la Guadeloupe en Beauce, y fait déménager la chapelle Baillairgé. Achetée ensuite par la famille Menier elle déménage à l'île d'Anticosti où elle se trouve maintenant.  Au XXième siècle on ajoute aux institutions une deuxième chapelle Sainte-Anne (1905) en remplacement de la première située plus à l'ouest.

On installe l'électricité en 1923. On ajoute une école primaire (1960), un hôpital (1966), une Caisse populaire au 76 rue Principale (1973) en remplacement de l'ancienne au 59, rue Principale (1937),un théâtre d'été (1975), un centre communautaire (1976), une jetée et marina (1991) en remplacement du quai, un golf (1991, 1992), plusieurs commerces et de nombreux hôtels (transformés maintenant en résidences privées) pour recevoir voyageurs de commerce, pèlerins et visiteurs.


Jetée de Saint-Michel en remplacement de l'ancien quai.

En 2003, Saint-Michel fête le 325ième anniversaire de la paroisse des seigneuries de la côte sud, grande paroisse, commune aux seigneuries de la côte, érigée canoniquement en 1678 par Monseigneur de Laval, premier évêque de Québec.  On profite de l'occasion pour créer des panneaux d'interprétation à caractère historique et pour lancer un Festival de Chant Choral qui en 2008 prendra le nom de Festival Choral, Patrimonial et Culturel de Saint-Michel-de-Bellechasse.

Géographie et localisation
Implantée entre Beaumont et Saint-Vallier sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, la municipalité de Saint-Michel-de-Bellechasse, située à la hauteur de Saint-Jean-de-l'Île d'Orléans, est bornée au sud par les municipalités de La Durantaye et de Saint-Charles.  En son centre, la rivière Boyer traverse le territoire d'ouest en est avant de se jeter dans le fleuve près de Saint-Vallier.

Économie
De vocation agricole axée sur l'industrie laitière et la vente de fruits et légumes, l'économie locale a beaucoup profité des pêcheurs, des  navigateurs, des commerçants, des villégiateurs et du tourisme religieux.  Elle cherche à développer de plus en plus le secteur récréo-touristique et culturel.

Attraits touristiques
Le golf, le parc routier et l'autoroute 20, le théâtre d'été, la bibliothèque, l'église, le lieu de pèlerinage Notre-Dame-de-Lourdes, la marina, le café-terrasse, l'accès au fleuve facilité par la jetée lumineuse, la plage, les battures d'oies sauvages et de plantes rares, les chalets et les terrains de camping, sont certes des attraits touristiques majeurs pour Saint-Michel.  Mais il faut ajouter à cela la très grande beauté de ses paysages, le Musée «Le Voiturier» de Daniel Pouliot, la boutique «Ma grand'Noire» de l'artiste-peintre Nancy Chamberland et l'artisan Sylvain Lorain,  l'atelier «La Misaine» de l'artiste-peintre Marc Pelchat, le salon d'esthétisme de l'aquarelliste Francine Gagnon, la piste verte pour les cyclistes, le circuit du patrimoine et le Festival choral, patrimonial et culturel présenté chaque année en août.  La qualité exceptionnelle de son patrimoine bâti tant domestique que religieux a valu à Saint-Michel d'être reconnu par l'Association des plus beaux villages du Québec.  Le caractère urbain de ce village, par ses maisons souvent imposantes, disposées très près les unes des autres, et ses trente-deux rues grandes et petites, incite les visiteurs à s'y promener. 
 

Légende les vieux fusils, huile 16 po x 20 po, 1998. Oeuvre de Francoise Pascals.  «À l'heure où le passé et le présent se confondent au coeur de la nuit bleue, ils veillent sur leur village dans l'espoir qu'un jour, une nuit, les âmes engourdies des villageois entendent la voix des vieux fusils, ceux qui refusent de se rendre.

Saint-Michel a donc sa légende : les vieux fusils
Cette légende prend son origine dans un événement qui s'est passé dans l'église de Saint-Michel au moment où l'armée du Congrès américain envahit le Canada en 1775 afin d'en faire sa 14ième Colonie.  Pour éviter que les Canadiens deviennent Américains Sa Majesté britannique Georges III donne force de loi au Quebec Act en juin 1774.  L'Acte de Québec abolit le serment du Test qui obligeait les catholiques à nier l'infaillibilité du Pape, la virginité de Marie et la présence réelle du Christ dans l'hostie consacrée, pour obtenir un poste dans la haute fonction publique.  Ce serment du Test est remplacé par le serment d'allégeance.  L'Acte de Québec redonne donc aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique et à l'Église le droit de percevoir la dîme.  Les lois civiles françaises étant rétablies, le régime seigneurial est donc maintenu et les Québécois peuvent continuer à vivre à leur manière à l'intérieur de leur seigneurie et paroisse. Enfin, le territoire est agrandi pour inclure la région des Grands Lacs dont une partie deviendra plus tard le Haut Canada (1791) avec l'idée stratégique géopolitique d'encercler les Québécois (habitants des seigneuries de la vallée du Saint-Laurent sur un territoire que les Anglais désignent Province of Québec) pour mieux les contrer. Dans le même esprit et la même stratégie géopolitique d'encerclement, les Anglais restés fidèles à la Couronne britannique après l'indépendance américaine (les Loyalistes) occuperont les terres situées autour des seigneuries à l'intérieur de cantons. Autour des seigneuries de Bellechasse on créera les cantons Armagh, Mailloux, Buckland, Standon et Frampton.

Bien que stratégique cette loi est généreuse puisqu'elle consolide les bases de la nation québécoise.  Toutefois, certains paroissiens restés amers après la Conquête voient dans l'invasion américaine l'occasion de renverser le gouvernement britannique en Canada.  De Kamouraska à Beaumont, la Côte du Sud est alors le théâtre d'une guerre civile: pères contre fils, frères contre frères. 170 se joignent à la milice pro-britanique,  dirigée par le seigneur Beaujeu de l'Île-aux-Grues, contre 150 qui se joignent à la milice pro-américaine. Cinq de ces 150 furent excommuniés par monseigneur Briand, septième évêque de Québec, pour avoir manifesté publiquement leur désaccord avec l'Église qui prônait la collaboration avec l'armée anglaise du gouverneur Carleton.  « C'est assez longtemps prêché pour les Anglais », crièrent-ils au prédicateur jésuite en pleine messe dominicale.  Chassés de la communauté, ils vécurent reclus dans le sud de la seigneurie.  À leur mort, ils furent enterrés dans un champ du quatrième rang de Saint-Michel (aujourd'hui terre des Pouliots à La Durantaye) sur la propriété d'un nommé Cadrin à l'est du hameau Saint-Michel station.  Leurs restes furent exhumés en 1880 et inhumés de nouveau dans le cimetière de Saint-Michel à l'endroit réservé aux enfants morts sans baptême.  Depuis, certains ont assuré avoir vu les corps sortir de leur tombe et errer dans la nuit.  Encore aujourd'hui, par les soirs de brume et de pleine lune, on peut voir les cinq excommuniés, ou plutôt leurs fantômes, se promener autour de l'église avec leurs vieux fusils français (mousquets) sur l'épaule.  Pareille légende devait fournir le sujet d'un long poème au poète Louis Fréchette. Ce poème intitulé Les excommuniés fut publié en 1887 dans La légende d'un peuple.

Notons enfin que les Michelois portent le surnom de feux follets ainsi nommés par les habitants de l'Île d'Orléans qui, par les soirs de beau temps, voient sur la grève plusieurs feux allumés par les gens de Saint-Michel pour se chauffer le coeur.  Bien évidemment , pour les gens de Saint-Michel, les feux follets ce sont les habitants de l'île dOrléans qui eux aussi allumaient des feux sur la grève. On désigne également les Michelois de "calumets" pour avoir eu souvent à faire la paix entre eux au cours de leur longue histoire.

Texte et photos : Paul St-Arnaud, membre du conseil d'administration de la Société Historique de Bellechasse et coauteur du livre intitulé Bellechasse,  Éditions Gid, Québec.

                                                                

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Références :
Une histoire du Québec racontée par Jacques Lacoursière. Lacoursière Jacques, Les Éditions du Septentrion, Québec, arrondissement Sillery, 2002.
Saint-Michel-de-La-Durantaye, notes et souvenirs, 1678-1929.  Père Marie-Antoine Roy. Imp. Charrier et Dugal Ltée, Québec, 1929.
En passant par la Côte de Bellechasse . . . j'ai rencontré trois beaux villages!  Brochure produite par la Municipalité régionale du comté de Bellechasse et réalisée par le Groupe de recherche en histoire du Québec Inc., recherche et rédaction : Bourget Clermont, Côté Robert, Québec 1993.
Contes et légendes de la Côte-du-Sud.  Fondation Héritage Côte-du-Sud, Les Éditions du Septentrion, Québec, 1994. 
Saint-Michel-de-Bellechasse- trois cents ans d'histoire 1678-1978.  Collaboration entre de nombreux citoyens de Saint-Michel et la Commission scolaire régionale Louis Fréchette, de Lévis, avec l'active participation de madame Jeannine Fougère-Richard, du Service de l'Éducation permanente.  Presses et Éditions Etchemins.  Lévis 1977.

Travaux de recherche de Carole Corriveau, sociologue.